Daniel Buren, les deux plateaux.

Fabrice Hyber, Artère.

Oscar Niemeyer, Brasilia, Museu Nacional Honestino Guimaraes.

L’Empire State Building, bâtiment-temple-logo-monument.

Daniel Libeskind, One World Trade Center.

L'éléphant de la Bastille.

La City de Michael Heizer.

Constantin Brancusi, la porte du baiser.

Constantin Brancusi, la table du silence.

Constantin Brancusi, la colonne sans fin.

Thomas Schütte, Tische.

Peter Eisenman, mémorial aux juifs assassinés en Europe.

Zeppelinfeld, par l'architecte nazi Albert Speer.

Antony Gormley, Angel of the North.

Tête de Staline, Budapest, révolution de 1956.

Sncf, RER Paris - Disneyland-Paris.

State's Dining room of the Windsor Castle.

Le souper, Jean-Claude Brisville adapté au cinéma par Édouard Molinaro en 1992.

Belly of an Architect, film de Peter Greenaway.

Royal Sugar Sculpture.

White Chocolat House

Tweet de l’Ambassade britannique.

Tweet de l’Ambassade britannique.

Celebration cake pour fêter le premier essai nucléaire, Amiral-H.P. Blandy.

Zardoz, de John Boorman, 1974.

Première vue d’un représentant.



Représentation politique, Monuments, Tourisme, Tables & Pâtisserie.


Ces recherches ont été réalisées par Adel Cersaque en 2014 dans le cadre d’un projet en cours intitulé Giant’s Yard.

« Si l’on appelle culture la capacité d’hériter collectivement d’une expérience individuelle que l’on n’a pas soi même vécue, le monument, par ceci qu’il attrape le temps dans l’espace et piège le fluide par le dur, est l’habilité suprême du seul mammifère capable de produire une histoire. »


Régis Debray (1)




Tête de Staline, Budapest, révolution de 1956.

I. Mode d’existence du politique en Occident

Dans son Enquête sur les modes d’existence, Bruno Latour analyse comment le mode de véridiction scientifique a appliqué ses écueils à la politique, et plus particulièrement au parlé politique. En s’appuyant sur l’exemple de la carte et du territoire2, il dénonce l’effet de la notion de connaissance objective sur tous les modes de véridiction3, à savoir qu’en confondant la carte et le territoire, les Modernes commettent l’erreur de croire que le monde est « fait en connaissabilité »4, le réel serait limité à ce que la science sait. Ce raccourci est appelé Double-Clic en référence à l’hyperlien d’internet : il permet d’accéder à la connaissance en oubliant tous les risques et les efforts de référence (l’association des références accumulées par les chercheurs permettent à une vérité d’être construite par le réseau des scientifiques qui partagent leur labeur) nécessaires pour arriver aux vérités scientifiques. Or l’effet Double-Clic, oubliant l’expérience au profit d’une connaissance qui se veut absolue et sans pareil ; cet effet donc, est à l’origine du « parlé droit ».

Le parlé droit, c’est « un parlé littéral et formaliste »5 qui cloue le bec de tous ses adversaires en donnant à leur parlé un air « courbe », qui hésite et se reprend constamment. D’un côté le parlé qui prétend aller droit aux informations et exiger l’exactitude, de l’autre un parlé simple, passionné et hésitant, qui touche mais semble profondément suspect. L’un des exemples les plus manifestes du parlé droit est l’utilisation agressive des données chiffrées par les politiciens lors des joutes télévisées — données qui sont par ailleurs souvent approximatives, voire erronées. Dès lors, c’est le parlé droit des philosophes antiques qui s’impose contre le parlé courbe des sophistes et des rhéteurs, les représentants du peuple dans la sphère politique, ceux qui savent s’adresser à l’agora : « d’un côté la démonstration indiscutable […] ; de l’autre l’éloquence »6. Mais on ne demande pas à celui qui parle sur l’agora de faire taire les autres pas sa parole droite et indiscutable, car le dessein de l’agora ou de l’assemblée est de permettre la discussion, discussion dont le pouvoir réside dans « sa capacité d’obtenir, à partir de la multitude, une unité, à partir d’une somme de récriminations, une volonté unifiée ».7

Alors qui représente le peuple, et qui travaille pour le bien commun ? il semble que le sophiste représente le peuple dans sa capacité d’entendre, de dire, de donner naissance, avec le peuple, à une volonté unifiée. Dans les appareils d’État, celui qui ne peut s’adresser à l’agora qu’en la discréditant, met au service de la volonté unifiée sa parole droite, mais il devrait la garder pour lui. Parce qu’en pratique, il connaît et utilise la chaîne d’expériences qui sous-tend sa connaissance, mais en théorie il aime à penser cette connaissance comme pure et sans autre origine que la nature même. C’est un habile technicien qui peut rester dans l’ombre du rhéteur et travailler pour le bien commun plutôt que d’imposer le silence à l’agora. Cependant, et comme le dit bien Loïc Blondiaux, le représentant politique des démocraties occidentales a deux visages : « il est celui qui incarne le représenté et celui qui agit en son nom. »8 Les deux rôles différents décrits plus haut de rhéteur et de technicien sont couplés dans une seule et même personne, et l’ambiguïté de sa fonction ne s’arrête pas là, puisque « le représentant amène le représenté à l’existence dans le mouvement même où il prend sa place. »8 Or, le problème de la trahison se pose immédiatement , puisqu’elle est toujours possible une fois que le pouvoir a été donné par le contrat social à un des citoyens. Si on pense à la trahison par l’action politique du représentant, Loïc Blondiaux va plus loin : selon lui, « Il [le représentant] le trahit dès lors qu’il ne lui ressemble pas »8, ce qui place la démocratie représentative dans un procès permanent ; une instabilité imposée qui augmente le temps du mandat présidentiel, tel un battement. Autant de raisons qui ont amené Rousseau à penser que l’idée de choisir son souverain ne suffit pas à faire une démocratie (quoique la plupart des Républiques ne se réclament pas vraiment de la démocratie), la seule valable étant la démocratie athénienne avec comme piliers le tirage au sort et l’agora.

Les raisons qui auraient poussé les Modernes à opter pour un État hétérogéré résideraient dans l’impossibilité de réunir physiquement le peuple ainsi que l’ignorance de ce dernier, le rendant incapable de prendre les bonnes décisions. La « volonté unifiée » d’un peuple qui gouverne n’est donc pas pour demain. Cependant, le peuple régnerait bel et bien grâce au suffrage universel sacré qui lui permet de déléguer à un groupe de citoyens la gouvernance qui lui revient de droit. Si l’impossibilité de réunion est le plus indiscutable des arguments, Paul-Monique Vernes9 rappelle que l’ignorance du peuple n’était pas, dans la Grèce Antique, un argument suffisant pour laisser la prise de décision à une technocratie. Comme pour les jurés lors de procès, l’assemblée tirée au sort avait recours à des techniciens, mais les décisions étaient prises par la communauté — la sagesse populaire. Selon Rousseau, cette sagesse n’est pas le fait des « sociétés partielles », les diverses communautés évoluant au sein même du peuple : ces intérêts n’ont rien à voir avec l’intérêt commun. C’est pourquoi l’« amour de soi »10 doit diriger les choix du citoyen. Ces besoins particuliers sont si simples qu’ils sont partagés par tous tant que les échelles sociales ne sont pas séparées par des gouffres, ce qui rendrait les besoins particuliers trop différents. C’est d’ailleurs l’une des raisons invoquées par les démocraties occidentales pour justifier la représentation : empêcher une « société partielle » d’opprimer les minorités en fondant la volonté minoritaire dans le corps représentatif par des choix qui ne reposent pas uniquement sur la dictature de la majorité, mais sur l’habilité et l’éthique des technocrates élus.

S’ajoutant à ces arguments, nous pensons que le parlé droit n’y est pas pour rien dans l’idée d’un peuple trop ignorant pour gouverner — qui semble peser plus que jamais, alors que l’accès à l’éducation est important dans les démocraties occidentales (quelle éducation politique publique ? C’est une autre histoire…). Pour se mettre définitivement à l’abris du peuple tout en prétendant le servir encore, il fallait que le représentant ne ressemble plus au peuple. Puisqu’il ne parle plus au peuple que pour le faire taire et lui apprendre combien l’exercice du pouvoir est chose complexe et inaccessible, puisque personne ne peut en aucun cas répondre au représentant, alors la technocratie est relativement bien acceptée — et efficace. Nous pensons donc qu’en déplaçant et fragmentant la représentation politique dans le peuple, nous pourrions remédier au silence des citoyens en éloignant un peu les techniciens pour laisser place à la parole courbe du peuple et des rhéteurs, condition à la discussion. Reste à réunir les citoyens, mais plutôt que de les réunir tous, la solution du tirage au sort d’un échantillonnage représentatif de la population, comme pour les jurés, nous semble acceptable. Alors, quel dispositif pourrait assumer le rôle de représentation du peuple et en extraire une volonté unifiée ?


1. Colloque L’abus monumental ? Actes des Entretiens du Patrimoine au Théâtre national de Chaillot les 23, 24 et 25 novembre 1998 sous la présidence de Régis Debray, éditions Fayard, 1999, page 11.

2. L’expression « la carte n’est pas le territoire » est attribuée à Alfred Korzybski, philosophe et scientifique américano-polonais, en 1931 lors d’un meeting scientifique en Nouvelle-Orléans. Elle illustre la confusion fréquente entre le modèles de la réalité, qui permettent de la comprendre, et la réalité même.

3. Les différentes appréhensions du vrai et du faux dans la science, le politique, le droit, la religion, etc.

4. Bruno Latour & Cie, Enquête sur les modes d’existence. une anthropologie des Modernes, éditions la Découverte, Paris, 2012, page 120.

5. Ibid., page 135.

6. Ibid., page 138.

7. Ibid., page 141.

8. Loïc Blondiaux, « Représentation Politique », Encyclopædia Universalis[en ligne], consulté le 22 janvier 2014. URL : http://www.universalis-edu.com/encyclopedie/representation-politique/

9. Josiane Boulad-Ayoub, Paul-Monique Vernes, Aux fondements théoriques de la représentation politique, Pul, 2007.

10. L’amour de soi est, selon Rousseau, l’amour juste qui précède l’amour-propre engendré par le social. L’amour-propre corrompt l’être humain en déplaçant son centre de gravité hors de lui.

Daniel Libeskind, One World Trade Center.

II. Représentations politiques et monuments

Le citoyen qui représente et dirige dans un même mouvement pose l’inquiétude de la trahison acceptée bon gré mal gré en échange de ce qu’il permet au peuple d’être souverain. Le « chef » permet l’unité, au moins symbolique, de la nation, en se détachant du même coup de la communauté qui fait nation. Il s’élève, il s’éloigne et se déshumanise en devenant symbole et même monument. En étant élu, il se déplace de l’anonymat du peuple aux statues de l’Histoire. — « La sculpture […] donne à tout ce qui est humain quelque chose d’éternel… ».11 La signification d’un monument est toujours commémorative, qu’elle soit liée à la morale ou au politique. En effet, Sophie Barthélémy note que le mot « monument » vient de moneo qui signifie « se remémorer ».11 L’antique outil de représentation politique qui fait aussi le tri entre ce dont il faut se souvenir et le reste semble être le monument.

La fascination qu’il suscite, allant parfois jusqu’à la terreur, est due, selon Sophie Barthelemy, à ce que le monument-sculpture (figure humaine) « introduit un rapport d’inégalité entre l’œuvre et ses spectateurs ».13 Ici réside le goût de nombreux totalitarismes pour la sculpture monumental, qui lui a d’ailleurs donné une saveur amère dans l’après-guerre. C’est pourquoi les solutions adoptées par certains artistes contemporains pour répondre à l’appel du monument se sont tournées vers la grandeur en terme de surface plutôt que de hauteur, comme en témoignent les colonnes du Palais Royal de Daniel Buren ou l’Artère de Fabrice Hyber au parc de la Villette à Paris. Toutes deux ont été pensées comme anti-monuments : « Comment faire une sculpture monumentale qui ne s’impose pas physiquement, qui ne soit pas un monument, mais qui soit de la taille d’un monument ? Comment faire un très grand objet mais que le spectateur domine toujours ? » Daniel Buren cité par Rosalind Krauss.14

Les colosses ont disparu puisqu’ils donnaient à la représentation politique et à l’État un air d’hubris et de démesure qui ne sied plus aux démocraties représentatives occidentales. On trouve plus de monumental dans les systèmes politiques divers et variés d’Asie et d’Afrique. Même l’Église catholique a cédée à cette tendance iconoclaste, et se contente d’entretenir les colosses du passé. L’artiste Michael Heizer considère d’ailleurs que « l’effroi [devant le monumental] est un état d’esprit équivalent à l’expérience religieuse ».14 Ce rejet du monumental serait-il, de la part des démocraties représentatives, un moyen de faire oublier la représentation en tant que pseudo-souveraineté ? de faire oublier le souverain faute de pouvoir le faire adorer ?15 Les quelques traces laissées par les présidents en France sont les monuments architecturaux publics qui adoptent leurs noms. Avec le temps, on en vient aujourd’hui à dire « et si on allait à Pompidou ? » sans se rappeler qu’il s’agit du dix-neuvième président de la République. C’est sur cet aspect que l’excellente maxime de Robert Musil met le doigt : « Comme on ne peut leur nuire dans leur vie, on les précipite, une pierre commémorative au cou, au fond de l’océan de l’oubli (Ibid. : 83.) »16 Et pourtant, le culte de l’homme n’est pas oublié, puisque du culte des Grand Hommes avec le Panthéon il peut passer à celui de l’Humanité géniale et progressiste, comme l’Église d’Auguste Comte. De l’Église Positiviste qui se déploie dans le Brasilia sur-humain de Niemeyer aux « bâtiments pour livres » de la Bibliothèque Nationale de France, les monuments publics écrasent le citoyen prométhéen sous le gigantisme du génie humain méritant. Aujourd’hui, les monuments représentent donc le pouvoir dans l’architecture publique plutôt que dans la sculpture, pour des raisons d’oubli prématuré comme de souveraineté trop visible. Mais leur forme n’a rien perdu de sa force d’évocation idéologique : l’éloge du génie humain vainqueur (donc du mérite des élites, des hauts-fonctionnaires) plutôt que de la technocratie souveraine. Puisqu’on ne sait plus quelle histoire les monuments commémorent, seule leur fonction et leur forme chargée d’idéaux subsiste, à la manière de l’Empire State Building, « bâtiment-temple-logo-monument »17 commémorant la gloire de l’Empire depuis 1931, ou le World Trade Center, remplacé par le One World Trade Center et son frère le Two World Trade Center, symboles du Marché. « New York, c’est le bâtiment, c’est la ville, c’est l’État, c’est l’Occident, c’est l’Empire, c’est la Terre ».18 En 1973 déjà, le double 526,3 mètres du World Trade Center surmontait le simple 443,2 mètres de l’Empire State Building. Il y a un moment que le centre des affaires comme centre du monde et le capitalisme comme valeur absolue dominent l’Empire, l’État et le Monde — quoique les skyscrapers aient toujours été occupés par des entreprises. C’est bien le fief du capitalisme mondial qui a été visé par des attentats, remettant l’Empire State Building et l’État guerrier en tête de la skyline new-yorkaise pendant 11 ans. Et, malgré que la commémoration soit restée une priorité lors de l’annonce d’un monument appelé « Freedom Tower », remplaçant des tours défuntes, cela n’a duré que jusqu’en 2009 : « En 2009, la Port Authority change le nom officiel du bâtiment de ‹ Freedom Tower › en ‹ One World Trade Center ›, déclarant que ce nom est ‹ le plus facile pour que les gens s’identifient avec › »19 Gageons que le commerce passe avant la liberté !

11. Charles Baudelaire dans « Salon de 1859 », Curiosités esthétiques, Paris, Garnier, coll. « Classiques », 1986, page 384.

12. Sophie Barthélémy, Valérie Dupont, Bertrand Tillier, le monumental, une valeur de la sculpture , du romantisme au post-modernisme, éditions Universitaires de Dijon, Dijon, 2014, page 07.

13. Ibid., page 10

14. Ibid., page 09.

15. « Le monument se cache parce que le pouvoir se cache — le politique, s’entend (les autres sont moins timides). Il se fait invisible, comme tendent à le devenir les prisons et les casernes […] L’état séducteur d’aujourd’hui se replie sur les monuments formes, visibilités consensuelles, sans dédicaces (inscriptions explicatives, ou bas reliefs narratifs), d’où le message est gommé […] L’État ne se reconnait plus le droit d’inculquer ou même de figurer des valeurs ou des exemples, faute sans doute de savoir où il va, ou ce qu’il veut. Voilà qui incline à une architecture de politesse ou d’opinion publique. » Colloque L’abus monumental ? Actes des Entretiens du Patrimoine au Théâtre national de Chaillot les 23, 24 et 25 novembre 1998 sous la présidence de Régis Debray, éditions Fayard, 1999, page 24.

16. « Habiter les monuments », Daniel Fabre et Anna Luso, Les monuments sont habités, éditions de la Maison des sciences de l’homme, Paris, 2009, page 18.

17. Société réaliste, empire, state, building, éditions Amsterdam, Jeu de Paume, Ludwig Museum, Paris, Budapest, 2011, page 08.

18. Ibid., page 28.

19. « The World Trade Centre Slow building », The Economist,‎ 23 avril 2009, « One World Trade Center », article Wikipedia, consulté le 01 octobre 2014.

L'éléphant de la Bastille.

III. Habitants et monuments

Certains monuments abritent appareils d’État et entreprises, mais peut-on dire qu’ils sont habités ? On y travaille sans y vivre. On s’y soumet, voilà tout. Selon Daniel Fabre, les monuments sont considérés « comme un pan de l’espace humanisé soustrait à tout usage. »20 Cela se traduit souvent, lorsque ces monuments ne sont pas d’utilité publique, par l’élimination de la question du rapport entre habitants et monument. Alors seulement débute « la tension entre l’autorité monumentale et la multiplicité des usages profanes du monument »22 qui peut être instigatrice d’occupation (guerrière) plutôt que d’habitation. Il s’agit de ce que Fabre appelle l’« effet Gavroche » : « les rapports inédits à la majesté ou, du moins, à l’étrangeté monumentale. »22 En effet, dans Les Misérables de Victor Hugo, le jeune Gavroche habite place de la Bastille dans une sculpture d’éléphant inachevée, vestige d’un monument projeté par Bonaparte.23 Le monument peut être habité lors de rites, ou radicalement comme Gavroche, en doublant « le monument d’une présence et d’une parole de l’habitant ».24 L’effet Gavroche conduit parfois à l’intégration par le monument de l’évolution de ses relations aux habitants comme sa propre histoire, plus importante encore que l’Histoire qu’il est censé commémorer. C’est une Histoire positiviste et progressiste qui n’a guère plus d’adeptes : « Ce genre d’édifices inutiles et non rentables postule que l’histoire a un sens. Il replace un événement révolu, heureux ou malheureux, sous l’horizon d’un avenir meilleur. ».25 On peut opposer l’effet Gavroche à un hypothétique « effet Heizer », qui consisterait à la transformation d’une habitation en monument, d’une ville en musée, et qui renverrait à l’œuvre inachevée de Michael Heizer, City, débutée en 1972 dans le désert du Nevada. Ce sont des villes inutilisables puisqu’inaccessibles, à la modernité effrayante, des sortes de ruines jamais habitées, tombeaux de la civilisation occidentale moderne. Cela semble être le destin des édifices anciens significatifs : ils passent du déclassement à l’abandon, puis au surclassement grâce au titre de monuments nationaux. Outre l’évidente politisation de la culture par la re-qualification des espaces dans le but d’en faire des produits touristiques régionaux rentables plutôt que des ruines oubliées, l’effet Heizer et l’effet Gavroche, comme occupation vindicative, posent la question du corps citoyen et du corps social au regard du monument.

La posture la plus fréquente est l’indifférence du monument pour le citoyen, mais lorsque le monument se place dans le registre moderne architectural, on voit poindre le désir de prêter aux places et monuments des desseins démocratiques qui dépassent leur usage premier. L’agora, qui n’est à priori pas un monument, a perdu son sens en passant des mains des rhéteurs grecs à celles des architectes et urbanistes contemporains.26 Pourtant, les architectes utopiques modernistes rêvaient bel et bien à la même chose qu’Aristote en appelant leurs places « agora » ou « forum », mais si elles en ont le nom, en ont-elles la portée ? Ne sont-elles pas devenues un alibi politique, une sorte de monument à la démocratie athénienne ? en effet, on peut dénombrer les échecs qui subsistent de ces initiatives, et constater que la volonté de l’architecte ne suffit pas à faire l’agora. De la dalle de la Défense au parvis de la Bibliothèque Nationale de France, en passant par les grands espaces vides de Brasilia, on constate que l’alchimie n’est pas facile malgré toute la démesure déployée.

Daniel Fabre est très réaliste sur ce point : ‹ L’architecte contemporain […] se présente volontiers en démiurge, convaincu que l’espace qu’il produit va orienter, sinon engendrer, des relation humaines enrichies. […] combien de dalles qui se voulaient forums ou agoras de cités nouvelles sont restées désespérément vides ? […] en fait, personne n’est complètement modelé par ce qui l’englobe ou le domine. ›27 Et même si certaines initiatives sont acceptées par les habitants, peut-on dire qu’il s’agit de lieux où s’exprime la volonté unifiée des citoyens ? Par exemple, la piazza du Centre George Pompidou a développé un aspect convivial du fait des différentes activités qui y ont lieu (spectacles, musiciens et petits commerces y côtoient habitants et touristes). La pente douce de cette place, comme pour un ensemble de gradins, ainsi que sa taille raisonnable, sont autant de raisons qui en font un endroit propice pour s’asseoir mais, en y passant un moment, on constate que cela n’est pas suffisant pour faire agora. Les réussites se situent peut-être dans un entre-deux hésitant entre sculpture et architecture : l’ensemble sculptural de Constantin Brancusi en Roumanie, comprenant la porte du baiser, la table du silence et la colonne sans fin, hommage aux soldats tombés lors de la première guerre mondiale (1937) ; la Tisch (« table » en allemand, entourée de 12 sièges en briques) du quartier de Niendorf en Allemagne, hommage de Thomas Schütte à un groupe de 11 résistants allemands exécutés par les nazis à la fin de la seconde guerre mondiale (1985) ; les « colonnes de Buren » au Palais Royal de Paris (Les Deux Plateaux, Daniel Buren et Patrick Bouchain 1986) et le Mémorial aux Juifs assassinés en Europe à Berlin, bâti par l’architecte Peter Eisenman (2005). Les œuvres de Brancusi et Thomas Schütte ont en commun l’astuce intéressante de la table. Il est difficile de savoir si dans ces deux cas la table est véritablement utilisée comme outil de débat sur la place publique (la table de Schütte est une table de conférence, dont l’un des sièges est « libre »), mais le choix d’un objet aussi indispensable au dialogue, lorsqu’on le compare aux étendues désertes des forums contemporains (dont l’effet semble plutôt fascisant : espace découvert de passage, voire de surveillance puis de manifestation), est louable. Dans un autre registre, Les Deux Plateaux et le Mémorial de l’Holocauste partagent une forme surmontable et parcourable comme un jeu ou un labyrinthe — malgré le caractère tragique du mémorial. Ils réussissent à produire une attitude de questionnement physique sur la liberté du citoyen par rapport au monument ; la façon dont les touristes s’y photographient en témoigne.

Mais, une fois n’est pas coutume, l’idéal de l’agora n’est pas atteint pour les raisons invoquées par Daniel Fabre : « personne n’est complètement modelé par ce qui l’englobe ou le domine ».28 Maintenant que l’iconoclasme moderniste est digéré, certains proposent le retour à la figure humaine de la statue, comme le fait l’artiste Antony Gormley. Il souhaite bâtir des « standard bodies / collective bodies »29 auxquels les corps de chacun puissent s’identifier. Plus encore, ses statues donnent l’occasion aux corps de s’y incarner, dans un idéal qui dépasse les convictions politiques : « Ce passage du corps comme représentation au corps comme espace est le passage de la représentation à la réflexivité. » (A. Gormley)29 Plutôt qu’un usage du type de l’agora, le œuvres de Gormley proposent une expérience qui peut être aussi simple que l’énergie puissante offerte aux passants par l’Ange du Nord (1998) de Gateshead, en Angleterre. Bien campé sur la colline, ses grandes ailes de 54 mètres d’envergure déployées, il arbore le visage anonyme que Gormley prête à toutes ses statues. L’artiste les signe en les élevant avec les proportions de son propre corps. Ces exemples nous confortent dans l’idée que le potentiel du monument pour représenter et faire agora est énorme, mais n’a pas encore été déployé dans toute sa variété. Nous sommes partisans de l’utilisation de la figure humaine et de l’abandon de l’iconoclasme moderne chrétien puisque nous voulons prendre le risque de remplacer l’espace d’un instant le représentant humain par un artefact monumental à figure humaine anonyme, qui ferait office d’agora et de collective body. Seulement, l’envie des citoyens de parler sur l’agora est-elle suffisamment grande pour que l’existence d’un tel dispositif suffise à les attirer ?

20. « Habiter les monuments », Daniel Fabre et Anna Luso, Les monuments sont habités, éditions de la Maison des sciences de l’homme, Paris, 2009, page 22.

21. Ibid., page 25.

22. Ibid., page 26.

23. Victor Hugo, Les Misérables, Gallimard, 1995 t. II, pages 281-286 (ou t. II, p. 557-561 dans l’édition en trois volumes).

24. Ibid., page 36.

25. Colloque L’abus monumental ? Actes des Entretiens du Patrimoine au Théâtre national de Chaillot les 23, 24 et 25 novembre 1998 sous la présidence de Régis Debray, éditions Fayard, 1999, page 26.

26. ‹ Dans une ville nouvelle ou un ensemble urbain moderne, espace piétonnier autour duquel on retrouve des établissements administratifs, commerciaux et parfois religieux. › Définition du mot « Agora », article Wikipedia, consulté le 02 octobre 2014.

27. « Habiter les monuments », Daniel Fabre et Anna Luso, Les monuments sont habités, éditions de la Maison des sciences de l’homme, Paris, 2009, page 25.

28. Ibid., page 25.

29. Sébastien Clerbois, « Corps collectifs, espaces intérieurs. Sculpture actuelle et monumentalité, à travers l’œuvre d’Antony Gormley », Le monumental, une valeur de la sculpture , du romantisme au post-modernisme, éditions Universitaires de Dijon, Dijon, 2014, page 91.

Antony Gormley, Angel of the North.

IV. Le touriste & le citoyen

« Attirer le citoyen dans les filets d’une attraction touristique pour le faire participer au politique ». Cette proposition quelque-peu sulfureuse est, en un sens, une des pistes majeurs de notre travail. En effet, pourquoi ne pas emprunter un chemin allant apparemment à l’encontre de l’utopie démocratique des bons méritants en substituant à la conscience politique le désir d’un luxe, d’une évasion ? D’aucun pourrait considérer cette opération comme une « odieuse tricherie » ; il est alors nécessaire de considérer la difficulté, toujours croissante, d’intéresser le citoyen à la chose politique, comme le constate F. Christopher Arterton qui y voit la cause « du sentiment d’aliénation et du cynisme » qui découle de la politique.30

Nombreux sont les échecs ; bien que chaque jour naissent de nouvelles structures visant à rendre la chose politique plus ludique, plus simple, en lui donnant des formes nouvelles. Internet en est la meilleure preuve et, comme le note Éric Dacheux, « chaque nouveau moyen de communication […] s’accompagne d’un ensemble de discours utopistes ou idéologiques sur son impact sociétal ».31 Cependant, si Internet a suscité un intérêt contagieux comme outil de participation par l’intermédiaire de la cyberculture initiée par Norbert Wiener en Amérique du Nord, « Frank Rebillard [professeur à l’Université Sorbonne Nouvelle Paris 3] (2000) montre que les sites d’expression citoyenne donnent finalement la parole aux mêmes élites y ayant déjà accès dans les médias classiques. »32 Internet vient s’ajouter à de nombreux supports venant enrichir la démocratie représentative, sans se substituer à ces supports, mais c’est dans l’information des citoyens plus que dans sa capacité à créer des lieux de débat qu’il excelle. C’est dans les situations d’oppression que sa capacité de communication s’avère la plus efficace ; comme on a pu le voir d’ailleurs dans des contextes non-démocratiques, en Chine à diverses occasions comme Occupy Central33, au Maghreb tout au long du Printemps Arabe ou aux États-Unis avec les leaks de Julian Assange & Edward Snowden. Le temps de la cyber-démocratie participative n’est pas arrivé, et il ne faut pas faire l’erreur du déterminisme technologique : comme pour l’architecture, l’élément humain ne se laisse pas toujours modelé selon les plans du démiurge. Néanmoins, les médias peuvent fournir aux leaders politiques « des systèmes d’alerte qui leurs permettent d’étudier sans retard mes réactions déclenchées par les décisions envisagées. »34 Mais F. C. Arterton n’omet pas l’idée que ces outils puissent être détournés contre les citoyens et mieux contenir leurs réactions, voire manipuler leur participation pour créer un simulacre de démocratie. En effet, « le gouvernement représentatif ne se caractérise pas par un évitement de ‹ l’épreuve de la discussion › en dehors du temps fort que constitue l’élection, dans la mesure où il ‹ n’est pas un régime où tout doit naître dans la discussion mais où tout doit être justifié dans la discussion › (B. Manin, 1996, page 244.) ».35

Munk Debates est un bon exemple de débats d’initiés mis à disposition du public grâce à Internet. Cet organisme s’évertue depuis plus de six ans à organiser de sérieux débats politiques en veillant à faire vivre ceux-ci au delà même de l’événement. Aussi, chaque débat est décomposé en aval et permet aux citoyen intéressé de consulter — soit en podcast, soit transcrit à l’écrit ou simplement en vidéo — les moments forts du débat, les analyses pré- et post-débat de spécialistes (liés de prêt au sujet), les entretiens enregistrés en amont avec chaque débatteur ainsi que les divers communiqués de presses et photographies de l’événement ; et bien entendu, un forum dédié au sujet du jour est ouvert aux commentaires et particulièrement mis en avant sur le site web. Et Munk Debates n’est pas un cas isolé, ces dispositifs d’expression citoyenne tel que Intelligence2 Debates ou les projets de Sopinspace en France se multiplient à toute vitesse sur la toile. Aussi, si les structures évoquées plus tôt tentent de rendre le spectacle de la politique plus abordable, d’autres tentent, elles, de réunir physiquement les citoyens pour faire émerger le débat : on donnera entre autres exemples les procès fictifs de le peuple qui manque, le programme d’expérimentations du groupe de recherche SPEAP initié par Bruno Latour, qui met en place des re-enactments de sommets politiques, et enfin les ateliers d’écriture d’Étienne Chouard qui réunissent les citoyens autour d’une réécriture citoyenne de la constitution.

Seulement, alors que ces structures participatives se développent, l’intérêt pour le politique, lui, décroît de concert : pour preuve, en France, la participation aux élections régionales a baissé de 26% en cinquante ans, de même, la participation aux européennes a chutée de presque 20% en quarante ans, et cela ne s’arrête pas là : 15% de baisse en quarante ans pour les législatives, 10% pour les cantonales, 10 encore pour les municipales ; et on enregistre même des variations de plus de 30% pour les divers référendums organisés dans les dernières décennies. Seules les élections présidentielles, bien plus médiatisées, en enregistrant une baisse de 4% en cinquante ans, semblent sortir apparemment leur épingle du jeu. Mais il n’en est rien : cette perte apparemment faible est hautement significative (en considérant ce que représente 4% par rapport à la masse élective française) ; le citoyen — et plus particulièrement le citoyen français — se désintéresse tous les jours un peu plus de la politique. Que faire ?

Nous avons la conviction qu’il est important de créer des outils de débats profanes pour des raisons qui se rapportent aux problèmes de l’inégalité des connaissances politiques, du parlé droit et de notre volonté de mettre à jour les opinions privées, le parlé courbe, dans un espace public tangible.

Selon F. C. Arterton, « les programmes consacrés aux affaires publiques ne feront jamais concurrence aux médias de divertissements ».36

Alors pourquoi pas ne pas truquer la machine ? Pourquoi ne pas développer un produit touristique qui puisse répondre aux attentes du vacancier — recherche de beauté pittoresque et de plaisir, désir de culture (à court terme), encadrement et gastronomie ; en bref : un package — et dévier, doucement, sous le camouflage de l’attraction, les esprits des touristes citoyens vers des questionnements politiques ? Aussi, si l’on peut compter en partie sur le bouche à oreille pour attirer le chaland, il s’agit d’abord de définir les éléments du package et d’en déterminer ensuite le sens de visite. Dans un premier temps, le package, ou « bien d’expérience », à en croire les propos du docteur en sciences économiques Jean-Louis Caccomo,37 se devra d’être considéré soit sous la forme d’un bien « découverte », soit d’un bien « évasion » ou alors d’une combinaison des deux. Dans le cas du bien « découverte », il s’agirait alors de planifier chaque seconde du périple du citoyen en veillant bien à alterner les moments de restauration et les découvertes culturelles pour garder l’intérêt de celui-ci au niveau le plus haut tout au long de son séjour. Dans le cas du bien « évasion », il s’agirait de bâtir un dispositif dans l’espace, en suivant la forme du parc d’attraction, qui permette à l’individu d’intervenir en tant qu’acteur sur la nature de son séjour : en bref, lui proposer des services qu’il pourrait combiner et expérimenter suivant ses envies. Vis-à-vis de l’état de nos recherches, nous tablerions plutôt, pour notre dispositif, sur une combinaison des deux biens — soit des deux types de clientèle.

Mais comment attirer l’homme (citoyen ou non) vers notre monument ? S’agirait-il tout simplement de l’inviter ? Imaginer un de ces « ticket d’or » qui ferait du gagnant un privilégié ? Ou alors brasser un maximum en déversant une large quantité de prospectus/spam à qui voudrait bien le lire ? Si l’on s’en tient aux propos de Catherine Bertho-Lavenir formulés dans son intervention L’économie du voyage et le monument, sans visiteurs pas de monument, comment les y amener, les séduire, les contrôler ?38 Il s’agirait tout simplement de placer notre monument au bout d’une ligne de chemin de fer ou de le faire indiquer dans un guide pour automobilistes. Elle mentionne d’ailleurs à ce sujet que l’invention du monument à proprement parlé est pratiquement contemporaine à la création du chemin de fer. En un sens, il s’agirait donc de mettre en place une co-production entre un organisme de transport et notre monument. Le Mont-Saint Michel ou Carnac, de par leur topographie ad hoc, propice aux circulations, proches d’un aéroport serait ainsi « devenus » monuments. C’est pour cette raison que, dans l’hypothèse d’une contextualisation rurale de notre dispositif, nous envisagions de construire en bordure du monument un gigantesque parking.

30. « La technique est-elle au service de la démocratie ? » par F. Christopher Arterton, Internet & Politique, coordonné par Alexandre Coutant, Collection « les Essentiels d’Hermès », dirigée par Dominique Wolton, CNRS Éditions, Paris, 2012, page 36.

31. « Présentation générale, la révolution ne sera pas numérisée » par Alexandre Coutant, Ibid., page 18.

32. Ibid., page 21.

33. Voir l’étude de Rand Corporation à l’adresse : http://www.rand.org/pubs/monograph_reports/MR1543.html

34. « La technique est-elle au service de la démocratie ? » par F. Christopher Arterton, Internet & Politique, coordonné par Alexandre Coutant, Collection « les Essentiels d’Hermès », dirigée par Dominique Wolton, CNRS Éditions, Paris, 2012, page 43.

35. « Les outils informatiques de débat public : le cas de la consultation sur les éoliennes dans le Nord-Pas-de-Calais » par Nicolas Benvegnu, Ibid., page 80.

36. « La technique est-elle au service de la démocratie ? » par F. Christopher Arterton, Internet & Politique, coordonné par Alexandre Coutant, Collection « les Essentiels d’Hermès », dirigée par Dominique Wolton, CNRS Éditions, Paris, 2012, page 47.

37. Jean-Louis Caccomo & Bernardin Solonandrasana, L’innovation dans l’industrie du tourisme : Enjeux et stratégies, L’Harmattan, 2006.

38. dans le cadre du colloque L’abus monumental ? Actes des Entretiens du Patrimoine au Théâtre national de Chaillot les 23, 24 et 25 novembre 1998 sous la présidence de Régis Debray, éditions Fayard, 1999.

State's Dining room of the Windsor Castle.

V. Le repas producteur d’une volonté unifiée

Dans le cas heureux où le citoyen se serait rendu sur jusqu’à notre monument, il s’agirait maintenant d’enrayer la machine de la visite et de retenir le visiteur un instant suffisant à la mise en place d’un débat. On l’aura compris, le tour de notre monument sera vite fait. Que développer alors (quel bien ?) qui puisse nous permettre de « détenir » un moment le citoyen ? Entre en scène le repas à table. N’y a t-il pas en effet meilleur outil que celui-ci ? Si sa portée peut paraître à première vue quelque peu limitée (en considérant l’expérience du fast food), il n’en est rien — bien au contraire, le repas renferme deux fondamentales d’un intérêt considérable : l’enchaînement du convive à la table de partage simplement établie par la forme même du repas et la naissance intrinsèque d’une discussion puis d’une parole unifiée par la simple articulation des signes usuels du repas.

Attardons nous un instant sur cette notion proverbiale qu’est l’enchaînement du convive à la table du repas. Si l’on considère l’objet table, il faut d’abord convenir qu’elle ne devient table de repas que par le partage qui en est fait. Louis XIV lui même, bien qu’il fut seul à manger à sa table, partageait celle ci avec le regard de sa centaine de courtisants journaliers, il ne fut jamais question pour lui de manger seul.39 Aussi, si la table est partagée, elle ancre, par son ordonnance, un processus de réception et de don qu’il s’agit de respecter de l’entrée au dessert — sous peine d’opérer une scission violente40 entre le convive et ses commensaux (*Celui, celle qui mange à la même table qu’un autre.). Selon les dires du professeur en psychologie sociale et dominicain Jean Claude Sagne auteur de l’ouvrage La symbolique du repas dans les communautés, « Le repas produit le lien d’alliance le plus fondamental sous le signe de la réceptivité et de l’accueil partagé du même don. »41

Le fait de manger ensemble recouvre alors la condition d’accepter de ne pas réaliser son désir spontané de la nourriture sans passer par le regard, le geste ou la parole de l’autre (on fait passer le plat, on sert le vin etc…) et fonde ainsi l’Alliance, si chère à Sagne, des commensaux. Aussi, s’il s’agit de partager la nourriture à table — et non pas en asseyant son individualité à la « table » d’un buffet — il s’agit aussi d’en respecter les usages — contraignant alors, dès l’instant où l’on s’assoit, à respecter le serment implicite qui a été fait avec celle-ci.

Outre ce serment temporel inviolable, la table (on considérera dès lors la table du repas en foyer pour exclure du raisonnement la table diplomatique qui implique un buffet et/ou des serveurs) induit par sa forme la prise en charge de rôles qui, le note Sacre, fait vite attribuer aux commensaux des rôles propres à la famille, renforçant au passage l’enchaînement à la table par le souvenir du « puis-je sortir de table ? » de l’enfance.42 De cette mise-en-scène, à prendre dans le sens de casting, qui détermine à part égale « qui donne » et « qui reçoit », s’opère une uniformisation des hétérogénéités sociales, une réalité groupale, de laquelle peut naître le dialogue. 

L’originalité du dispositif du repas prend alors tout son sens dans le fait qu’il fait émerger une réalité groupale, pacifiée en surface, et qu’il veille parallèlement à éviter tout affrontement de groupe qui pourrait la briser ; cette fameuse Alliance que Sagne orne d’un A majuscule pour en signifier la mystique et par extension la fragilité. Pour ce faire, le dispositif de la table s’avise à segmenter l’action en sous-groupes, voire en couples de convives, en s’appuyant sur la taille de la table et l’organisation des commensaux autour de celle-ci. En considérant que le nombre de convives à table est supérieur à huit, il s’avère alors difficile de parcourir l’assemblée d’un seul regard ou de s’adresser à elle d’une seule parole. Il ne s’agit plus de forcer la voix pour se faire entendre de tous mais bien de « segmenter l’action prescrite pour que tous en perçoivent les étapes et la pertinence globale ».43 De cette incontournable propagation progressive des idées peut alors naître un dialogue mesuré, fondé sur une écoute véritable de l’autre, en bref un débat de qualité.

« La table est une réalité de type transitionnelle, médiatrice entre la vie du groupe et la réalité sociale extérieure », affirme Sagne dans l’introduction de son livre ; gageons que les tables de notre dispositif monumental feront naître de réels désirs politiques.

39. Jérémie Rentien, Stratégie de table, théâtre de négociations, Thèse soutenue à l’école des Arts Décoratifs de Paris, 2013, page 13.

40. « La table comme lieu d’affrontement », Ibid., page 143.

41. Jean Claude Sagne, La symbolique du repas dans les communautés, de la cène au repas monastique, préface du frère Étienne Ricaud, éditions du Cerf, 2009.

42. « La Mafia, de la diplomatie en famille », Jérémie Rentien, op. cit., page 21.

43. Jean Claude Sagne, La symbolique du repas dans les communautés, de la cène au repas monastique, préface du frère Étienne Ricaud, éditions du Cerf, 2009, page 162.

White Chocolat House

VI. Pâtisserie d’État et monument

L’expérience des déjeuners du workshop Gov’Jam et l’encas de L.A.S.T nous avait déjà, en un sens, conforté dans la voie de la gastronomie ; sans que nous puissions toutefois en mesurer toute la portée.

Nous tenterons donc dans le texte suivant d’opérer un changement d’échelle en unissant la notion de monument et celle de met — en nous attardant particulièrement sur la pâtisserie des institutions (palais présidentiels, ambassades, fratries etc.) pour interroger la forme de la nourriture partagée et son influence effective sur le débat.

Considérons tout d’abord cette « pâtisserie des institutions ». Si celle-ci rime fondamentalement avec grandiose, elle semble, de fait, entretenir avec le monumental un lien privilégié. En effet, et bien que la tendance tende de plus en plus à s’orienter vers le dessert individuel, crise oblige, les pâtissiers des palais présidentiels ont, depuis des siècles, rivalisé d’ingéniosité pour développer des desserts toujours plus grands, toujours plus complexes, jusqu’à ériger de véritables « monuments sucrés » qui puissent soutenir, par la déférence qu’ils suggèrent, l’Alliance envisagée par l’État hôte envers son invité. Les exemples sont nombreux ; nous n’en développerons qu’un qui apparaît comme faisant la synthèse de tous.

Ce dessert fut créé à l’occasion de la réception à l’Élysée de Romano Prodi, président italien originaire de Bologne, en 1998. Le pâtissier de l’Élysée Francis Loiget44 voulut reproduire pour lui les deux célèbres tours Asinelli qui font la célébrité de sa ville natale. Il « construisit » alors deux hautes tours de chocolat d’une cinquantaine de centimètres, couvertes d’un toit de minuscules tuiles au amandes. À l’intérieur y était placé du parfait aux marrons. Les tours étaient « maçonnées » si solidement — suivant les mots du pâtissier — que l’on pouvait taper dedans avec sa cuillère pour se servir du parfait, sans que cela risque de faire s’écrouler la tour. Il avait ensuite réalisé, à la base de la tour, un lac où nageaient des cygnes en sucre, sur lesquels étaient posés des petits fours italiens. Ce modeste dessert était accompagné d’une Panna Cotta à l’amaretto individuelle et, pour chacune, avait été confectionné un socle de glace en eau vive, dans lequel étaient pris des rubans et fleurs tricolores — aux couleurs de la France et de l’Italie — et sous lequel était placée une petite ampoule. L’exemple est parlant. En effet, le vocabulaire (maçonner, bâtir, souder, etc.) empreinte plus à la maçonnerie et au modélisme qu’à la pâtisserie. La pâtisserie des institutions fait écho à notre recherche en cela qu’elle permet au citoyen (grand citoyen car ce sont les agents du pouvoir qui dégustent ces desserts) d’entrer au plus profond du monument et même d’en prélever un morceau. Avec délicatesse toutefois ; précisons que le dessert décrit plus haut atteint un mètre cinquante de diamètre et que les maîtres d'hôtel, pour servir à l'assiette les invités, durent faire preuve d'une grande vigilance pour extraire de la tour à l'aide de longues cuillères (près de quarante centimètres) des quenelles de parfait.

Nous établissions plus haut que le repas se consomme sous le signe de l’Alliance et le partage d’une symbolique ; la pâtisserie des institutions se révèle alors en être la plus pertinente expression dans le sens où elle autorise véritablement une dégustation partagée du monument et par extension du symbole. Cette notion s’avère d’autant plus parlante dans le cas de la White chocolat House — servie très régulièrement à Maison Blanche — qui se résume à un modèle réduit (en chocolat blanc) de celle-ci. Par cette opération apparemment ludique, se réalise alors une véritable ingestion du symbole par les convives qui s’assimilent physiquement au monument et donc à ce qu’il commémore. D’un point de vue tout à fait documentaire on pourra évoquer le dessert servi en 2004 par l'Élysée en l'honneur des Émirats Arabes Unis, venus pour négocier l'achat de quatre avions Airbus. Que leur servit-on ? Des avions faits de pâte à chou sur lesquels étaient calligraphiés « Fly Emirates », le nom de la compagnie des acheteurs. Est-ce ce discret clin d’œil qui fit se conclure la vente ? Cela reste à prouver, mais selon les dires de son auteur (Francis Loiget), celle-ci fut conclue après quelques cuillerées de choux à la crème. Aussi, si l’on ne peut quantifier l’influence de la forme du dessert sur la négociation, on peut toutefois en soupçonner la valeur tant les tentatives sont nombreuses. L’incident diplomatique causé par le gâteau de l’ambassade Britannique de Washington en août dernier le confirme d’ailleurs. Pour célébrer l’amitié retrouvée entre les deux nations depuis l’occupation de la Maison-Blanche par l’armée Britannique deux cent ans plus tôt, l’ambassade avait fait réaliser le monument en pastillage et l’avait ornementé de cierges magiques. La photographie du gâteau fut ensuite tweetée avec pour sous titre « Commemorating the 200th anniversary of burning the White house. Only sparklers this time ! ». Ce gâteau fit en quelques heures le tour de la planète et causa un incident diplomatique de grande ampleur ; tant est si bien que le tweet fut retiré et remplacé par une photographie du dessert sans bougie avec comme sous titre « Commemorating 200 years of peace between the US & UK ». Cet incident est révélateur de la valeur que peut avoir le symbole, aussi grossier soit-il, sur le réel.

Comment s’agirait-il alors d’articuler les signes et les symboles dans la nourriture servie aux participants de notre dispositif  ? il est encore trop tôt pour en déterminer la forme définitive, mais il nous est possible d’envisager quelques pistes intéressantes. Dans un premier temps, pourquoi ne pas servir, à l’instar de la White chocolat House, une version réduite de notre monument ? Cette possibilité permettrait d’offrir à nos convives une vue omnisciente du monument dans lequel ils débattent pour en mesurer la force symbolique par la suggestion d’un tout qui les dépasse.

Dans un second temps, prenons en compte la notion d’Alliance développée dans le chapitre précédent pour répondre à la problématique suivante : comment segmenter l’action du service (et par extension du partage) par la forme pour engendrer le débat ? en effet, il est bon de noter que les dîners diplomatiques se caractérisent exclusivement par le silence qu’il y règne. De fait, la forme des tables, l’ordonnance du repas, la rigidité du protocole et le service à l’assiette n’engage pas à la discussion. De facto, nous envisagions dans le chapitre précédent de mettre en place un service dit « de foyer » (on sert les autres). Nous pourrions en décupler le pouvoir par la mise en place d’outils qui puissent, non plus désigner celui qui va chercher les plats à la cuisine, celui qui sert les assiettes et celui qui les fait circuler, mais donner un rôle absolument essentiel à chacun. Pour ce faire, chacun des convives disposerait d’un outil différent et très, voire trop spécialisé, qui puisse tantôt permettre d’aller chercher le coulis dans le fond du récipient, tantôt aider à découper la chair, ou encore à saisir, attraper, racler, etc. Par ce principe, le lien se verrait amorcé de l’un à l’autre par un jeu d’entraide et de partage sous le simple sceau de la « contrainte technique ».

Dans un dernier temps, nous pourrions imaginer un repas dont les préparations (plats communs), toutes plus alléchantes les unes que les autres, soient tout à fait dénuées de goût. Sur la table seraient agencées un nombre relativement important d’aromates, d’huiles et de sauces que les convives devraient choisir et combiner pour élaborer ensemble un plat goûteux à partager. une énergie de groupe pourrait alors naître de cette construction commune du goût et peut-être faire glisser la conversation — sans aucune assistance extérieure à la table — du culinaire au politico-social.

44. Les Cuisines de l’Élysée, Francis Loiget - Pygmalion 2007.

Première vue d’un représentant.

Conclusion


I

Le parlé droit politique du technicien fait taire l’agora.

Or, le rhéteur parle courbe et stimule l’agora pour que naisse la volonté unifiée.

Le représentant, rhéteur et technicien, fait exister le représenté en le remplaçant.

La trahison est donc possible et pose les limites de la représentation politique.

Le tirage au sort couplé à la séparation des techniciens et des rhéteurs doit être une solution pour un débat porteur.


II

En s’éloignant du peuple, le représentant devient monumental.

Le monument moderne écrase ; il s’abaisse et s’étale comme anti-monument dans l’art contemporain.

Le monument contemporain s’efface et tente de faire oublier l’État représentatif souverain — tout en le représentant.

Cependant, il ne se cache pas d’idolâtrer le système capitaliste (skyscrapers).


III

L’histoire du monument architectural remplace peu à peu l’Histoire commémorée par le monument.

Tandis que les architectures habitées sont vidées pour devenir monuments, les monuments devraient être occupés, comme l’éléphant de Gavroche.

Les architectes modernes ont tenté de réhabiliter l’agora, monument des citoyens, sans succès.

L’hésitation entre sculpture, architecture et design semble être plus pertinente que la grande place.

En abandonnant l’iconoclasme architectural moderne pour la figure, nous souhaitons faire un monument-représentant-figure-agora.


IV

La cyber-démocratie n’est pas pour demain : Internet excelle dans l’information plutôt que dans la participation.

Les structures participatives se développent tandis que la participation décroît.

Substituer à la conscience politique le désir touristique.

L’expérience d’un monument en tant que touriste-citoyen pourrait devenir une expérience socio-politique.

Le monument n’existe pas sans le transport qui le connecte aux citoyens.


V

Le temps de visite doit être allongé pour permettre une expérience marquante.

Le repas à table réunit le désir touristique et un temps de discussion suffisant.

Par le partage symbolique de nourriture, les convives partagent les rôles d’une famille ; une Alliance se fait.

Le nombre de convives doit être supérieur à 8 pour que les discussions soient segmentées et que la progression des idées se fasse par paliers.

Ce partage de mets et d’idées, sans omettre le disensus, doit pouvoir conduire à une volonté unifiée.


VI

Union de la notion de monument à celle de met dans la pâtisserie d’État.

Les « monuments sucrés » suggèrent symboliquement l’Alliance entre l’État hôte et l’invité.

Ces pâtisseries autorisent une dégustation partagée du monument et par extension du symbole. Les convives s’assimilent alors physiquement au monument et à ce qu’il commémore.

Ce dispositif de représentation permettrait de donner aux convives une vue omnisciente sur le monument qu’ils occupent, à la manière un quartier général.

En attribuant à chacun des convives un outil de dégustation différent et spécialisé, on obligerait l’entraide et la communication par le partage des plats.

En déconstruisant les goûts sur la table, les convives seraient contraints de communiquer pour réunir les saveurs de la façon qui leur convient, obligeant à une certaine diplomatie.


Annotations

1. Colloque L’abus monumental ? Actes des Entretiens du Patrimoine au Théâtre national de Chaillot les 23, 24 et 25 novembre 1998 sous la présidence de Régis Debray, éditions Fayard, 1999, page 11.

2. L’expression « la carte n’est pas le territoire » est attribuée à Alfred Korzybski, philosophe et scientifique américano-polonais, en 1931 lors d’un meeting scientifique en Nouvelle-Orléans. Elle illustre la confusion fréquente entre le modèles de la réalité, qui permettent de la comprendre, et la réalité même.

3. Les différentes appréhensions du vrai et du faux dans la science, le politique, le droit, la religion, etc.

4. Bruno Latour & Cie, Enquête sur les modes d’existence. une anthropologie des Modernes, éditions la Découverte, Paris, 2012, page 120.

5. Ibid., page 135.

6. Ibid., page 138.

7. Ibid., page 141.

8. Loïc Blondiaux, « Représentation Politique », Encyclopædia Universalis[en ligne], consulté le 22 janvier 2014. URL : http://www.universalis-edu.com/encyclopedie/representation-politique/

9. Josiane Boulad-Ayoub, Paul-Monique Vernes, Aux fondements théoriques de la représentation politique, Pul, 2007.

10. L’amour de soi est, selon Rousseau, l’amour juste qui précède l’amour-propre engendré par le social. L’amour-propre corrompt l’être humain en déplaçant son centre de gravité hors de lui.

11. Charles Baudelaire dans « Salon de 1859 », Curiosités esthétiques, Paris, Garnier, coll. « Classiques », 1986, page 384.

12. Sophie Barthélémy, Valérie Dupont, Bertrand Tillier, le monumental, une valeur de la sculpture , du romantisme au post-modernisme, éditions Universitaires de Dijon, Dijon, 2014, page 07.

13. Ibid., page 10

14. Ibid., page 09.

15. « Le monument se cache parce que le pouvoir se cache — le politique, s’entend (les autres sont moins timides). Il se fait invisible, comme tendent à le devenir les prisons et les casernes […] L’état séducteur d’aujourd’hui se replie sur les monuments formes, visibilités consensuelles, sans dédicaces (inscriptions explicatives, ou bas reliefs narratifs), d’où le message est gommé […] L’État ne se reconnait plus le droit d’inculquer ou même de figurer des valeurs ou des exemples, faute sans doute de savoir où il va, ou ce qu’il veut. Voilà qui incline à une architecture de politesse ou d’opinion publique. » Colloque L’abus monumental ? Actes des Entretiens du Patrimoine au Théâtre national de Chaillot les 23, 24 et 25 novembre 1998 sous la présidence de Régis Debray, éditions Fayard, 1999, page 24.

16. « Habiter les monuments », Daniel Fabre et Anna Luso, Les monuments sont habités, éditions de la Maison des sciences de l’homme, Paris, 2009, page 18.

17. Société réaliste, empire, state, building, éditions Amsterdam, Jeu de Paume, Ludwig Museum, Paris, Budapest, 2011, page 08.

18. Ibid., page 28.

19. « The World Trade Centre Slow building », The Economist,‎ 23 avril 2009, « One World Trade Center », article Wikipedia, consulté le 01 octobre 2014.

20. « Habiter les monuments », Daniel Fabre et Anna Luso, Les monuments sont habités, éditions de la Maison des sciences de l’homme, Paris, 2009, page 22.

21. Ibid., page 25.

22. Ibid., page 26.

23. Victor Hugo, Les Misérables, Gallimard, 1995 t. II, pages 281-286 (ou t. II, p. 557-561 dans l’édition en trois volumes).

24. Ibid., page 36.

25. Colloque L’abus monumental ? Actes des Entretiens du Patrimoine au Théâtre national de Chaillot les 23, 24 et 25 novembre 1998 sous la présidence de Régis Debray, éditions Fayard, 1999, page 26.

26. ‹ Dans une ville nouvelle ou un ensemble urbain moderne, espace piétonnier autour duquel on retrouve des établissements administratifs, commerciaux et parfois religieux. › Définition du mot « Agora », article Wikipedia, consulté le 02 octobre 2014.

27. « Habiter les monuments », Daniel Fabre et Anna Luso, Les monuments sont habités, éditions de la Maison des sciences de l’homme, Paris, 2009, page 25.

28. Ibid., page 25.

29. Sébastien Clerbois, « Corps collectifs, espaces intérieurs. Sculpture actuelle et monumentalité, à travers l’œuvre d’Antony Gormley », Le monumental, une valeur de la sculpture , du romantisme au post-modernisme, éditions Universitaires de Dijon, Dijon, 2014, page 91.

30. « La technique est-elle au service de la démocratie ? » par F. Christopher Arterton, Internet & Politique, coordonné par Alexandre Coutant, Collection « les Essentiels d’Hermès », dirigée par Dominique Wolton, CNRS Éditions, Paris, 2012, page 36.

31. « Présentation générale, la révolution ne sera pas numérisée » par Alexandre Coutant, Ibid., page 18.

32. Ibid., page 21.

33. Voir l’étude de Rand Corporation à l’adresse : http://www.rand.org/pubs/monograph_reports/MR1543.html

34. « La technique est-elle au service de la démocratie ? » par F. Christopher Arterton, Internet & Politique, coordonné par Alexandre Coutant, Collection « les Essentiels d’Hermès », dirigée par Dominique Wolton, CNRS Éditions, Paris, 2012, page 43.

35. « Les outils informatiques de débat public : le cas de la consultation sur les éoliennes dans le Nord-Pas-de-Calais » par Nicolas Benvegnu, Ibid., page 80.

36. « La technique est-elle au service de la démocratie ? » par F. Christopher Arterton, Internet & Politique, coordonné par Alexandre Coutant, Collection « les Essentiels d’Hermès », dirigée par Dominique Wolton, CNRS Éditions, Paris, 2012, page 47.

37. Jean-Louis Caccomo & Bernardin Solonandrasana, L’innovation dans l’industrie du tourisme : Enjeux et stratégies, L’Harmattan, 2006.

38. Dans le cadre du colloque L’abus monumental ? Actes des Entretiens du Patrimoine au Théâtre national de Chaillot les 23, 24 et 25 novembre 1998 sous la présidence de Régis Debray, éditions Fayard, 1999.

39. Jérémie Rentien, Stratégie de table, théâtre de négociations, Thèse soutenue à l’école des Arts Décoratifs de Paris, 2013, page 13.

40. « La table comme lieu d’affrontement », Ibid., page 143.

41. Jean Claude Sagne, La symbolique du repas dans les communautés, de la cène au repas monastique, préface du frère Étienne Ricaud, éditions du Cerf, 2009.

42. « La Mafia, de la diplomatie en famille », Jérémie Rentien, op. cit., page 21.

43. Jean Claude Sagne, La symbolique du repas dans les communautés, de la cène au repas monastique, préface du frère Étienne Ricaud, éditions du Cerf, 2009, page 162.

44. Les Cuisines de l’Élysée, Francis Loiget - Pygmalion 2007.


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